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Réalisateur : Stanley Kubrick
Acteurs : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers
Musique: Béla Bartók, Penderecki, Hector Berlioz, Ligeti, Wendy Carlos, Rachel Elkind
Genre: Fantastique – Horreur
Date de sortie: 23 mai 1980 (US), 16 octobre 1980 (Fr)

Adapté de la nouvelle "The Shining" par Stephen King

Synopsis

Ancien professeur, l’écrivain Jack Torrance accepte un poste de gardien hivernal dans l’Overlook Hostel, un palace isolé en pleine nature, dans les Rocheuses. Le directeur l’averti qu’il y a quelques années, un drame s’est produit avec l’ancien gardien. Jack décide malgré tout d’emménager avec sa femme Wendy et son fils Danny, dont les visions sanglantes semblent indiquer un danger imminent…

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Critique

Cela faisait longtemps qu’un film m’a tant fait d’effet. J’ai été oppressé du début à la fin et quelques bonds sur mon fauteuil plus tard j’étais sans avis et complètement dubitatif. Autant dire que le film m’a scotché durant ses 2h23 (oui, c’était la version longue ^^)

The Shining, c’est un mélange entre l’angoisse pure et le dérangement intense. C’est un film qui prend aux tripes et qui fait travailler l’imagination. Pourtant, rien n’est véritablement gore (si ce n’est quelques flashs). Tout passe par l’intermédiaire d’une réalisation (presque) impeccable et d’une musique géniale.

La première donne la sensation d’un décor vaste, vide et écrasant les personnages. De même, l’impression que ceux-ci sont en permanence surveillés est parfaitement rendue par des travellings extrêmement bien maîtrisés, en témoignent les séquences suivant Danny sur son vélo dans les couloirs.  L’immersion dans le film est bien aidée par cette réalisation. On a l’impression d’être à la fois un observateur privilégié et/ou le témoin de ce qu’un « habitant » de la maison voit.

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La seconde, quant à elle, offre des thèmes amples mais tout aussi oppressants et empreints d’une sorte d’occultisme, rendant l’atmosphère lourde et lugubre. En vérité la tension énorme du film provient essentiellement de cette musique qui est capable de faire monter la pression de manière incroyable. Sans oublier les bruitages de respiration et de battements de cœurs qui finissent d’oppresser le spectateur.

Les acteurs sont impressionnant également : Jack Nicholson interprète parfaitement le père qui perd peu à peu les pédales. Ses expressions faciales peuvent être glaçantes de détermination. La performance de Danny Lloyd est aussi très forte : son visage et sa voix étant les principaux vecteurs de la peur et du dérangement que le spectateur ressent à sa vue.
Encore une fois, la réalisation de Kubrick parvient à nous faire ressentir les émotions des personnages au travers d’un usage important des visages et surtout des regards des protagonistes. Le désabusement, le désespoir et l’effroi de Shelley Duvall, la rage et la détermination de Jack Nicholson (qui trouve ici un rôle à la mesure de ses expressions faciales) ou la terreur de Danny, tous se lisent dans le regard des acteurs, pénétrant le spectateur et créant un malaise certain. En témoigne (dans la version longue), le regard complètement désincarné et la voix suraigüe de Danny lorsqu’il s’adresse à sa mère paniquée par l’intermédiaire de Tony disant « Danny’s gone Mrs Torrance ». Il semble possédé.

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The Shining se révèle très riche dans les interprétations et analyses.

Il y a d’abord l’exploration des liens père-fils au travers des « pouvoirs » spéciaux que les deux possèdent, ainsi que du lien qui les uni. D’une part, Jack adore littéralement son fils, de l’autre, les fantômes le hantent, le poussant à des folies morbides, que Danny ressent. Ce lien est matérialisé par les visions cauchemardesques de Danny (notamment le flot de sang) qui sont concomitantes aux « possessions » de Jack.
Quant à Wendy, son lien n’est qu’indirect, dans le sens où elle est seulement une « amatrice d’histoire de fantôme ». Elle ne comprend pas ce qui se passe avec Jack et Danny, mais fait preuve d’un instinct de survie hors paire quant il s’agit de protéger son fils.

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L’alcoolisme est aussi un thème traité (largement moins que dans la nouvelle toutefois). Jack, après avoir battu Danny a arrêté de boire, mais son manque est toujours là. La boisson semble affaiblir sa volonté, facilitant le travail de possession des fantômes.

Les miroirs ont aussi une grande importance dans The Shining, reflétant les interactions entre le monde des morts et celui des vivants et la perte progressive de l’équilibre mental de Jack. Les phénomènes surnaturels sont souvent liés à un miroir dans la scène. Le parfait exemple est le « REDRUM » que Danny prononce et écrit en sang.

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A côté, le labyrinthe est aussi un concept très exploité : l’hôtel est un dédale de couloirs et de pièces  (impression renforcées par les déambulations frénétiques de Danny sur son tricycle) et possède un vrai labyrinthe dans son parc. Même les motifs des planchers, carrelages et moquettes sont labyrinthiques. L’impression de complexité est encore renforcée par le fait que seules trois personnes habitent un lieu fait pour en accueillir plusieurs centaines. De ce fait, le séjour des Torrance’s s’apparente à une exploration sans fin du bâtiment, ce qui donne l’impression que ce dernier les domine toujours. Il n’est dès lors pas difficile de croire en la présence d’autres habitants dans l’immeuble. Le concept de labyrinthe temporel est aussi évoqué, le passé (les fantômes) interagissant avec le présent (Jack et Danny).

Enfin, la photo finale est aussi mystérieuse qu’ambigüe. Soit Jack a été absorbé par l’hôtel, soit il est hanté par des fantômes d’une vie antérieure…

En conclusion, The Shining est un film glaçant à l’ambiance oppressante et à l’esthétique très travaillée. Bien aidé par une musique des plus glauques, Stanley Kubrick livre ici une très libre adaptation du maître King qui pourtant est extrêmement efficace, collant le spectateur à son siège d’effroi. Les acteurs jouent intensément, dérangent par leurs regards fous, transperçants, horrifiés ou simplement désespérés. A voir, mais pas seul dans le noir, au risque de flipper à n'importe quel craquement et (ou, au choix) de ne plus pouvoir dormir que la lumière allumée !

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Bonus : Pour plus d’informations sur la version longue, allez jeter un oeil à l’excellent article de MaxLaMenace89!
Bonus (bis) : Regardez au début, lors de la poursuite de la Cox jaune, il y a une petite « surprise » en bas à droite de l’image…