Avatar_Movie_Poster

Réalisateur: James Cameron
Acteurs: Sam Worthington, Zoë Saldaña, Sigourney Weaver, Michelle Rodriguez, Stephen Lang
Musique: James Horner
Genre: Science-Fiction/Documentaire
Date de sortie: 16 décembre 2009 (Fr-Bel), 18 décembre 2009 (USA)

Synopsis

Jake Sully, ancien Marine paraplégique est envoyé sur Pandora en remplacement de son frère décédé pour faire partie du programme Avatar qui consiste à piloter à distance le corps d'un Na'vi, peuplade indigène. La planète, recouverte d'une forêt luxuriante, est renferme aussi le précieux Unobtanium, minerai qui permettrait de résourdre les crises énergétiques sur Terre. Rapidement, les agissements de la Compagnie sème le doute dans l'esprit de Jake quant à la réelle motivation de dialogue avec les Na'vis.

 

avatar_movie_poster_2

Critique

Je n’ai entendu parler d’Avatar que très tardivement, quelques jours avant sa sortie belge en fait. Les débats passionnés et la promesse d’un graphisme époustouflant m’ont cependant rapidement convaincu de me laisser entrainer par la déferlante bleue. Et force est de constater que ce choix s’est avéré être le bon car au prix de multiples frustrations, nous sommes allé le voir en 3D. La surprise n’en a été que plus belle !

Parce qu'outre la baffe visuelle que le film représente (pour l’avoir revu en DVD et en BR, ce la n’a clairement pas la même magie qu’au ciné en 3D), il sait jouer avec les émotions des spectateurs! On passe de l'émerveillement devant ce monde sauvage, vierge à la tristesse et à la révolte de le voir être détruit pour des broutilles par l'avidité de quelques hommes que seule la couleur verte des billets intéresse. C'est ici que le graphisme prend tout son sens: il n'est pas là pour la prouesse technique seule, mais est utilisé pour rendre l'univers crédible, toucher le spectateur, l'émerveiller par les couleurs et finalement l'éveiller à la fragilité des (dés)équilibres.

Si le scénario est simple, il n'en reste pas moins efficace et sait embarquer dans une épopée à la découverte d'une planète, d'une jungle, d'un peuple et sa culture. Il n'est pas là pour être un élément majeur, mais sert à merveille le propos du film. Par certains aspects il se rapproche du documentaire: notamment par les plans et le déroulement du film qui permettent une description muette mais détaillée de la faune et la flore de Pandora ainsi que la culture Na'vis.

Un des points forts d’Avatar est d'avoir créé un univers cohérent tant visuellement que scientifiquement qui participe grandement à l'immersion, à l'identification et l'attachement aux Na'vis vis à vis desquels on ne peut avoir que de l'empathie.

 

avatar_movie_image_15

Dans le même ordre d'idée, la cohérence n'est pas suffisante. Cameron a réussi l’épreuve la plus ardue : l’identification, c'est-à-dire, un monde qui est suffisamment différent pour faire rêver mais qui est aussi assez proche du nôtre pour qu'on puisse se raccrocher à une certaine réalité.

C'est également ici que le film frappe fort: il réussi à émerveiller non pas devant un monde imaginaire, mais devant la beauté de la Terre! En effet, comment ne pas faire le parallèle entre la jungle de Pandora et la forêt équatoriale amazonienne, centre-africaine ou indonésienne? Comment ne pas penser une seconde que ce monde en péril n'est qu'une représentation de notre propre planète, au-delà de l'aspect physique fort ressemblant ?

Et cela participe à la création d'empathie pour ce monde. Ce sont la mise en scène et les plans les plus grandes prouesses du film, car elles mettent magnifiquement en valeur les qualités graphiques et nous font découvrir un monde d'une richesse a priori insoupçonnable.

091229pandora

Tout dans ce film est au service de cette interrogation sur le fonctionnement des la société humaine et de son rapport à la nature. Mais le message est délivré en douceur, à travers la sensibilité des gens, leur âme d'enfant (le côté onirique) et non leur peur. C'est autant en regardant comment les Na'vis vivent en harmonie avec leur environnement (matérialisé par les connexions nerveuses et l'arbre de vie) qu'en constatant l'avidité des hommes qu'on devient sensible à ce problème. Ces multiples connections sont également autant de symbole de l’interdépendance des être vivants (donc nous sommes) dans les écosystèmes. La biodiversité (autre concept important du film) est dès lors (et effectivement) le meilleur moyen d’en préserver les qualités, le fonctionnement et la survie à long terme.

D’autres thèmes sont également abordés comme une critique acerbe de la colonisation physique ou culturelle où le colonisateur pense tout savoir d’un monde qu’il voit pour la première fois. Il ne tient pas compte des besoins ou de la culture du colonisé en tentant d’imposer un mode de vie. Cette situation est malheureusement toujours d’actualité que ce soit de la colonisation ou simplement de l’aide au développement qui impose des nouvelles pratiques, technologies, réformes, etc sans tenir compte des réelles spécificités de la culture locale. L’impérialisme est donc un concept très présent dans Avatar, dans le sens où les Na’vis, peuple technologiquement et militairement faible est en passe de se faire supplanter par la culture humaine.

avatar_movie_picture_2

La crise énergétique et l’épuisement des ressources terrestres est également évoqué, de même que les pratiques douteuses de certains conglomérats qui les exploitent, aveuglés par les perspectives de profits,ignorant les conséquences de leurs activités sur l’environnement socio-économique et naturel des populations locales. Ces conflits sont légions dans les pays en voie de développement, spécialement lors de l’élaboration de projets à grande échelle comme les barrages qui, s’ils offrent des bénéfices à l’échelle nationale (souvent moindre que clamés) sont de véritable catastrophes locales voire régionales Nos sociétés ne sont guère meilleures. Les conflits dans la foresterie occidentale, l’exploitation des sables bitumineux ou simplement le déplacement des activités loin des regards des citoyens sont autant d’exemple peu reluisants. Cette dernière pratique, qui fait que les conséquences sont méconnues au niveau national, est évoquée dans Avatar via l’exil de l’exploitation dans le système d’Alpha Centaurii sans réel contrôle.

Avatar_3_Movie_Poster

On peut aussi trouver des références explicites aux Théories Gaïa, corpus d’hypothèses (controversées) développées à partir du concept d’autorégulation des conditions naturelles par les êtres vivants pour qu’elles restent favorables à leur développement. La forme la plus extrême de ses hypothèses, présenter la planète comme un organisme vivant et conscient, est développée dans le film au travers d’Eywa, entité d’abord culturelle qui se révèle être naturelle.

 

Les défauts du film? Il n'y en a guère de majeurs car tout est cohérent et l'attention ne se portent pas sur eux. La critique s’est focalisée sur le scénario basique. Je partage en partie l’avis portant sur la simplicité, le manichéisme et le classicisme, mais comme expliqué, le propos du film n’est pas dans l’histoire mais dans la réflexion qu’il initie au sein de chacun sur nos rapports à la planète. Ainsi, le manichéisme sert à faire ressortir et à mettre en opposition les approches des coloniaux et des Na’vis et au final à poser les bases de la réflexion, qui se poursuit grâce à la description de la culture indigène. Je le répète, le scénario n’est pas la fin du film, mais un moyen d’y parvenir. Certes, de la nuance aurait ajouté de la crédibilité à l’histoire et une qualité supplémentaire au film.

La 3D apporte un réel plus dans l'immersion car le film a été conçus dès le départ pour cette technologie. On a vraiment l'impression d'être dans la jungle, et la profondeur de champ est impressionnante! Elle sublime les jeux d'ombres et la profondeur de champs en fait. Les « prises de vues » exploitent d’ailleurs allègrement cette capacité, surtout en forêt, sans oublier les nombreux plans larges, en plongée ou dynamique qui mettent en avant cette profondeur de champ et renforce l’immersion.

avatar_movie_2avatar_pandora

Difficile d’évaluer les acteurs en raison de l’avatar graphique. S’ils ont réussi à transmettre les émotions, c’est que leur jeu devait être « suffisant » et/ou que la performance technique est exceptionnelle, ce qu’elle est à coup sûr. A noter que Stephen Lang est tout ce qu’il y a de plus antipathique et borné en militaire/mercenaire aussi rigide que sa hiérarchie.

En conclusion, Avatar était avant tout perçu comme un phénomène graphique. Cependant, il va plus loin que cela, en explorant un monde, une culture tout en reflétant les propres qualités et vices de notre propre société. Si le message écologique est aisément perceptible, il n’est pas imposé, mais transmis par l’émerveillement vis-à-vis d’une planète (presque) intacte qui ramène directement à la beauté de la Terre. Un voyage dans un monde magnifique, presque onirique à la fois lointain et proche à vivre au moins une fois!

pandora

 

Et surtout: Joyeux Noël à tous !