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Christopher Nolan (2010)

Leonardo Di Caprio, Ellen Page, Joseph Gordon Levitt, Cillian Murphy, Ken Watanabe

Science-fiction/Action

A grand film, grand article! Je vous propose d’aborder ce qui restera le film de l’année 2010 (pourtant riche) dans un article complet, comprenant une partie critique, une analyse rapide des thématiques principales (Partie 1) et la review de la bande originale (Partie 2)

D’abord, retournons aux prémices du phénomène, fin 2009. Les informations sont distribuées au compte-goutte, mais titillent déjà la curiosité des amateurs : un casting de luxe et une intrigue que l’on présentait comme révolutionnaire. Pourtant, ceux-ci laissaient déjà paraître un potentiel énorme. Et le mystère entourant le film n’a fait que renforcer la curiosité des amateurs du réalisateur britannique. Sans oublier les affiches produiront le même effet, mêlant la puissance au vertige, le graphisme déroute dès le premier coup d’œil et nous plonge dans un monde où les repères usuels semblent inutiles.

Synopsis et Bande d'Annonce (VO)

Dom Cobb dirige une équipe d'extraction d'informations en pénétrant dans le subconsient des victimes lorsque l'esprit est le plus vulnérable, durant les phases de rêves à des fins d'espionnage industriel. Recherché et en perpétuel exil, Dom entrevoit une possibilité de retrouver ses enfants en réalisant une dernière mission autrement plus complexe: pratiquer l'inception (implantation d'idée) sur l'héritier d'un immense conglomérat énergétique.

Critique

Inception est un film ambitieux, sûrement l'un des blockbusters les plus novateurs depuis longtemps (qui a dit Matrix?). Alliant une thématique complexe réclamant une construction qui ne l'est pas moins, Inception nous plonge dans un monde où tout est possible : l'imagination humaine. Il fallait pas mal de compétence pour arriver à garder ce spectateur avec soi tout au long des 2h30 de film, malgré l'immense flot d'informations à emmagasiner. Force est de constater que le défi est relevé brillamment et le résultat des plus convaincant.

Nolan nous embarque dans une aventure haletante de bout en bout, sans temps mort ni explications superflues, ce qui relève de la gageure compte tenu de la complexité de l'idée de base. Le spect-acteur se fait balader de réalité rêvée à rêve d'une réalité déroutante, sans pour autant perdre pied. C'est la grande force d'un film dense tant sur le plan du scénario que du nombre d'éléments visuels.

Dès les premières scènes, le ton est donné : un rythme infernal, des effets renversants et des acteurs parfaits (enfin presque, j'y reviens). Et l'élément principal : la désincarnation du rêve en tant qu'entité abstraite, onirique, lointaine et fabuleuse. Ici, il est traité de manière entièrement rationnelle, avec une froideur scientifique, presque mécanique et toujours avec ce côté extrêmement puissant, dépassant les personnes impliquées par son pouvoir de suggestion illimité. Les décors soulignent ce point en étant écrasants, épurés, froids tout en fourmillant de détails.

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La crédibilité des acteurs est épatante: Di Caprio est impressionnant, visiblement en proie au doute et au remord, tout comme JGL en homme de main hautain et arrogant (qui s’en prend plein la figure au sens propre et figuré) ou Tom Hardy en faussaire. Il en va de même pour E.Page qui incarne parfaitement la nouvelle venue (même si on la voit peu) et le dernier maillon de Cobb avec la réalité. M. Caine est fidèle à lui-même, mais son rôle est minuscule. La prestation de M. Cotillard me laisse plus perplexe : certes elle montre sa palette d'émotions quand il le faut, mais cela n'a jamais l'air complètement sincère, comme s’il y avait une incohérence entre son visage et le ton de sa voix.

La première partie du film pose les bases. Elle place un contexte, introduit les personnages, les compétences et explique le principe de l'inception. Un nombre énorme d'informations frappe les récepteurs sensoriels du « spectacteur » qui arrive, tant bien que mal à assimiler l'essentiel, comme un lavage de cerveau grandeur nature. Déjà déroutante en raison de l'absence de repère dans ce monde irrationnel, cette partie n'est qu’une prémisse à une deuxième heure grandiose.

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Cette seconde partie mêle tous les éléments décrits précédemment en un tout cohérent. Le rythme s'accélère, un rêve éveillé, pour les protagonistes comme pour les spectateurs qui finissent par confondre réel et virtuel. A dream within a dream...within a dream : 3 niveaux dont chacun influence le suivant. La tension grimpe d'échelon en échelon à mesure que le temps passe, que les événements se succèdent dans les "réalités" déstabilisant les niveaux inférieurs.

Au bout de cette tension se trouve une scène "finale" des plus prenante et émotive. Puis, vient LA scène...qui fait douter le spectateur, lui fait une nouvelle fois perdre ses repères et le laisse perplexe devant le générique de fin.

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Analyse thématique

Au rayon des interprétations, il y en a un paquet. Je ne citerai que les moins tordues et celles qui me semblent ressortir le plus. La première chose qui vient à l'esprit est le doute sur la nature réalité. Déjà posé en son temps par Matrix, la question est toujours aussi déroutante et amenée par un scénario novateur et d'une manière plus subtile. Le concept même de réalité est ébranlé par l'absence de repère et l'aspect réel du rêve. Les deux se mélangent aisément, car le concept de réalité n’est-il pas ce que qu’on vit au quotidien. En ce sens, si la personne passe plus de temps dans un rêve, celui-ci deviendrait par extension, sa propre réalité.

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L’approche du film peut être étendue à une conception d’univers parallèles dont les dimensions ne peuvent interagir directement (le rêve reste dans sa grande majorité séparé physiquement de la réalité) et où le rêveur vit des événements différents ou de manière différentes.

Le réveil est l’unique passage d’une réalité à l’autre, mais l’esprit reste confus quant au sens à donner à chacune et finit par perdre la notion même de réalité pour vivre hors de l’espace et du temps.

Par ailleurs, le concept de boucle et  d'escalier de Penrose (l'escalier infini) est exploité à fond, faisant tourner le spectateur en rond. Le début de l'histoire et la fin en sont les meilleurs exemples. Ce peut être la métaphore d'une réalité qui est cyclique ou de la structure créative qui revient inévitablement aux bases en les adaptant ou simplement une construction paradoxale de l’histoire puisqu’ à première vue, si le début et la fin semblent concorder, le continuum temporel et causal est en réalité brisé assez rapidement. Ce qui semble être une boucle fermée n’est qu’un paradoxe de plus destiné à initier une réflexion dans l’esprit du spectateur.

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Le scénario s’efforce de briser les apparences, tant visuelle que scénaristique, apportant une richesse insoupçonnée au métrage, au point que plusieurs visionnages sont nécessaire pour percer certains mystères ou en épaissir d’autres.

Dans un autre rayon, Inception aborde le douloureux sujet des souvenir et de l’attachement à une personne perdue. A travers Cobb et Mal, Nolan décrit la détresse et la douleur, teinté de culpabilité d’un homme qui refuse de renoncer à sa femme en entretenant une "projection"  qui finit par le hanter au point qu’il à la limite de perdre la notion de réalité, tiraillé par ses enfants (encore des souvenirs, mais « réels ») et sa femme.

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Conclusion

Inception est une œuvre riche, complète, qui combine intelligemment technique graphique, réflexion et spectacle dans un mix équilibré, prenant et divertissant. Le tout porté par des acteurs parfaits et une musique d'une rare puissance et tension. Le film est un savant mélange entre l’univers sombre, le côté action de Batman et l’aspect mystérieux ainsi que la construction complexe de The Prestige. Parallèlement, Inception propose une véritable réflexion sur le concept de réalité, sur le rêve, l’attachement et sur la manière de les vivre. A la manière d’un Matrix, Nolan pousse le spectateur à douter un instant de son environnement.

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Il réclame au moins 2 visionnages pour être apprécié. Le second apportant un recul bienvenu sur l’histoire, permettant de se concentrer sur d’autres points et de découvrir la richesse de l’univers décrit par Nolan. Pourtant, ce second visionnage s’avère tout aussi frustrant que le premier, tant l’impression d’avoir manqué des éléments est encore présente. Un troisième s’impose et donne lieu à la programmation d’un suivant… A voir et revoir donc, pour se perdre dans ce rêve éveillé!

Chapeau bas Mr Nolan !

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ps: Merci à Maria, Max et 2flics de m'avoir transmis une bonne partie de leur enthousiasme pour ce film bien avant sa sortie en salle, et même bien après! :)