Jurassic Park [edit]

Steven Spielberg (1993)
Sam Neill, Jeff Goldblum, Laura Dern
Musique: John Williams
Science-fiction - Aventure
Adapté du roman Jurassic Park de Michael Crichton
Synopsis et Bande d'annonce
Recréer une espèce éteinte, le rêve de tout paléontologue…Que John Hammond, milliardaire excentrique et passionné a réalisé en créant Jurassic Park, un parc d’attraction présentant des dinosaures vivants comme attraction principale. Il fait appel à Alan Grant, paléontologue reconnu, et son amie Ellie pour une démonstration visant à démontrer la sécurité du parc. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et l’équipe va bientôt devoir lutter pour sa survie…
Critique
Jurassic Park fait partie de mes films préférés, pour toute une série de raisons. Evidemment, j’ai fait tout à l’envers en découvrant cet univers avec The Lost World XD. Bref, Jurassic Park est un plaisir, certainement pas coupable que je revois régulièrement sans m’en lasser.
C'est avant tout un blockbuster très spectaculaire alliant aventure, un peu d’horreur et pas mal d’humour l’air de rien. Et en bon blockbuster, Spielberg nous sert un film aux effets superbes dont seul de rares petites séquences, outre les ordinateurs, ont pris de l’âge (notamment certains animatronix qui sont un peu raides). Les dinosaures sont impressionnants de réalisme, entre leur animation, la texture de leur peau, la teinte des yeux, tout les rend vivants. L'ensemble est intelligemment filmé dans des environnements sombres pour masquer les défauts et augmenter la sensation de réalisme. Le Tyrannosaurus Rex, pilier du film, est terrifiant et pourtant, son charisme fait qu’il possède un pouvoir d’attraction énorme. Personnellement, je ne me lasse pas de scènes où il apparaît. De même, les raptors, autres stars de la saga sont diablement bien animés et doté d’une vivacité et d’une intelligence qui font froid dans le dos.
Les personnages sont attachants et les acteurs jouent plutôt bien, surtout Sam Niell et Jeff Goldblum. La passion et l’émotion du premier autant que son désabusement sont palpables lors de sa découverte des dinosaures en chair et os. Il réalise son rêve de gosse, ce pour quoi il vit depuis des années. C’est particulièrement visible lors de la découverte du parc, de la scène avec le Triceratops ou de sa terreur lorsqu’il apprend la présence d’un T-Rex et de Raptors. Toutefois, les protagonistes sont un brin caricaturaux (les 2 enfants sont un cliché très 90’s dans leur attitude). Malcolm reçoit certainement la palme de l’humour, mais en même temps amène le côté réflexion. Hammond a lui tout du savant un peu fou, mais surtout, c’est un passionné, un rêveur qui réalise un véritable miracle, qui malheureusement tourne mal.

Le questionnement éthique porte ici sur la manipulation de la vie, la substitution de l’homme au hasard : est-il en droit de recréer des écosystèmes disparus ? Quelles sont les conséquences ? Le manque d’évaluation des risques ainsi que l’arrogance des chercheurs du film sont les principales failles, qui finissent par s’ouvrir en abîme où l’entièreté du projet finit par sombrer. En effet, ils ont surestimé le contrôle qu’ils avaient sur le parc (c’est particulièrement visible dans le second volet).

Ces interrogations peuvent être posées actuellement dans les domaines de la recherche fondamentale en génétique (OGM, vie artificielle) et de la géoingénieurie. Si le débat est assez fort dans le premier domaine, de nouvelles questions se posent depuis la création de la première cellule vivante artificielle, avancée qui, dans son essence, se rapproche du Jurassic Park.
Le second domaine vise à agir sur les cycles naturels et/ou d’autre partie du système terrestre pour les contrôler, notamment dans le cadre du changement climatique, où diverses options sont envisagées comme la fertilisations des océans avec du fer pour stimuler l’activité du phytoplancton, l’injection de sulfates dans l’atmosphère pour diminuer la quantité de rayonnement entrante dans le système, la production et l’épandage sur les sols de carbone très stables pour augmenter la fertilité et séquestrer le carbone. En effet, si ces idées semblent efficaces de prime abord, il est légitime de s’interroger sur les conséquences globales, la réaction du système à long terme. Or, comme dans Jurassic Park, ces effets ne sont pas connus, malgré l’illusion de contrôle qu’elle inspire.

Autre thématique abordée, au travers du personnage de Dennis et des actionnaires, est la société de consommation, obnubilée par le profit, le potentiel économique d’un projet avant d’envisager son but, ses conséquences (autre que les retombées de dollars…) ou son éthique.
Enfin, dernier point à aborder est une critique succincte du fond scientifique sur lequel le film repose et sa remise en perspective. S’il représente un partie des connaissances de l’époque, Jurassic Park s’appuye également sur des hypothèses très (trop) fortes. La première est le clonage à partir d’un moustique, alors que l’ADN de dinosaure, lorsque préservée dans les très rares tissus mous retrouvés, est trop parcellaire pour pouvoir espérer arriver à cloner un spécimen, d’une espèce particulière. Un autre point difficile à soutenir est l'existence de vie sociale développée chez dinosaures, encore une fois les données sont plus que rares. De là à extrapoler des stratégies intelligentes pour les raptors, il y a une étape.

A propos des raptors, Jurassic Park présente des animaux de taille proche d’un Deinonychus, soit trop grand pour un Velociraptor. Ceci est dû au fait que Crichton dans son livre appelle le Deinonychus "Velociraptor" comme certaine scientifique le faisaient à l'époque. Toutefois, la découverte contemporaine d’Utahraptor, permet de rapprocher un dinosaure réel des Velociraptors de JP. En outre, on sait maintenant que cette famille de bestioles (les dromaeosauridés) étaient recouvertes de plumes (les théropodes étant les ancêtres des oiseaux). Ainsi, le Velociraptor n'aurait pas l'allure terrifiante de JP, mais ressemblerait à un très gros oiseau, avec de grandes dents et de grosses griffes. Par ailleurs, les tailles peuvent être un peu surestimées pour le spectacle, notamment celle du Brachiosaurus, dont la VF évoque un cou de 10m (si je me rappelle bien) alors que la hauteur de l'animal (fort impressionnante tout de même) est de 12-14 m (6 à 7 m de cou, selon qu'il s'agisse de l'espèce américaine, plus petite, ou africaine, plus grande). En outre, celui-ci mâche sa nourriture dans le film, alors que ses dents n'ont pour seule fonction que d'attraper le feuilles, des pierres ingérées se chargeant du broyage.

On peut aussi aborder rapidement le cas du Tyrannosaurus Rex, que le film dépeint comme un prédateur mais dont le mode alimentaire anime un débat assez vif: charognard ou prédateur? Si le débat est si vif, c'est qu'il existe de nombreuses indications soutenant les deux hypothèses. La nécrophagie est supportée notamment par la vitesse de course relativement faible (peut-être trop pour attraper ses proies), des dents capables de casser des os, l'absence de compétition pour les carcasses dans sa niche écologique ainsi qu'un fort développement des bulbes olfactifs, l'odorat pouvant servir à repérer des carcasses. Au contraire, la prédation est indiquée par le positionnement des yeux permettant une vision binoculaire (comme la nôtre) particulièrement adaptée à la chasse, les traces d'aggressions de T-Rex sur d'autres dinos (blessures cicatrisées) et sur le T-Rex même (cannibalisme et blessures de combats), des dents peu adaptées au broyage systématique d'os. Un élément important a été apporté récemment, qui est la prise en compte du modèle écologique, soutenant que la concurrence des nombreux petits théropodes chasseurs sur les carcasses n'auraient pas permis au T-rex de se nourrir uniquement d'animaux morts en raison de la faible densité de charognes. De toutes façon, ile est fort probable que le Tyrannosaurus se soit comporté des deux façons, l'intérêt est dès lors de savoir s'il est un chasseur opportuniste ou un charognard "actif". Il est intéressant de remarquer ici que le point de vue du film change entre les premiers volets (chasseurs) et le troisième où on découvre le spécimen restant en train de dévorer une carcasse.
Toutefois, ces considérations n’enlèvent rien à la qualité du métrage de Spielberg qui reste un film et non un documentaire.
Au final, Jurassic Park est un très bon blockbuster, un réel divertissement prenant et rythmé, mêlant aventure, humour et un peu d’angoisse dans un cocktail sauvage. Le film est plus intelligent qu’il n’y paraît, proposant des réflexions (souvent explicites) sur le contrôle et la manipulation de processus naturels. Le tout est porté par la musique magnifique de John Williams, qui livre une partition lyrique et épique parfaite de bout en bout. A voir et revoir !

Commentaires sur Jurassic Park [edit]
- à Oliver et Chonchon@ Oliver: J'ai accroché tout de suite, moi. Dès The Lost World (que j'ai vu en premier), puis JP, chaque fois, j'ai beaucoup aimé!

ps: Faudra que je me fasse à ton nouveau pseudo
@Chonchon: Un classique de la SF certainement. Je ne m'en lasse pas vraiment, même si je le connais par coeur. Enfin, le voir une fois par an c'est largement suffisant. - à 2flics et AIO@AIO: certainement, mais pour le moment, c'est encore Eels qui prédomine

@2flics: J'aime beaucoup le 2 aussi (j'adore la réplique "C'est la plus mauvaise idée, dans l'histoire des mauvaises idées" XD
Merci, mais je me rends compte que j'ai oublié de parler du T-rex dans l'aspect scientifique XD Je vais le rajouter tantôt
C'est un film dont la base le crédibilise, mais qui est tout autant capable de faire rêver et s'évader de la réalité. Un très bon mélange ^^ - à MariaBeaucoup d'humour dans le film, merci à Jeff pour ses réflexions philosophiques absurdes (je la retiens sa théorie du chaos) XD

Y a aussi la musique magnifique de John Williams (faut que tu écoutes Welcome To Jurassic Park dans ce que je t'ai passé, elle est sublime). Tu devrais revoir le 2, juste pour Jeff (y a de très bonnes répliques), puisqu'il n'y a que lui dedans (pas Sam :s).
Perso, je ne m'en lasse toujours pas, j'aime trop les dinosaures pour ça :p - Quelle belle critique ! =)

Je suis d'accord avec toi sur tous les points. C'est vraiment un rêve de gosse qui devient réel tout ça ! C'est bien rythmés, les personnages sont attachants, on a notre lot d'humour et aussi de frissons.
La musique m'avait beaucoup marquée également, aujourd'hui encore je m'en souviens très bien, quand j'écoute la bande-son c'est comme si mes poumons se remplissaient d'un air nouveau, grandiose.
Bref pour moi ce film est une réussite !















