District 9

Réalisateur : Niell Blomkamp
Acteurs : Jason Cope, Robert Hobbs, Sharlto Copley
Musique: Clinton Shorter
Genre: Science-fiction
Date de sortie : 14 août 2009 (USA), 16 septembre 2009 (Fr)
Synopsis
Il y a 20
ans, un vaisseau spatial décharge ses habitants moribonds sur Terre à
Johannesburg. Après une cohabitation facile, les tensions apparaissent
et les troubles poussent la MNU, société privée qui s’occupe de la
gestion du ghetto, à le déplacer. Wickus van der Merwe, employé propulsé
par son beau-père, tient les rennes de l’opération d’expulsion menée
par des militaires brutaux. Exposé à un produit mutagène, il devient à
son tour une cible pour sa propre organisation, dont le but est loin
d’être humanitaire…

Critique
Dans le
genre « (grosse) claque dans la gueule », District 9 fait figure de
poids lourd. Non pas qu’il soit spécialement poignant ou
émotionnellement chargé (encore que…), mais plutôt parce que c’est un
film sans concession aucune, doté d’un approche plutôt inédite dans le
genre.
En effet, jusqu’ici et à part le gentil E.T. et les
énigmatiques êtres musicaux de Rencontre du 3e type de Spielberg, la SF
avait dépeint les aliens comme des monstres belliqueux, violents et
souvent gluants qui n’avaient d’autres but de (au choix) :
a) exploiter les ressources naturelles et tout ravager sur Terre
b) prendre notre planète pour une map de jeux de guerre géante, et tout ravager sur Terre
c) tout ravager sur Terre et envahir la planète (ou l’inverse)
d) la réponse "d"
District 9 renverse les rôles. Les "extra-terrestres-belliqueux-qui-veulent-asservir-la-planète-et–qui-se-font-botter-les-fesses-par-l’armée-US" laissent ici place à des sortes de réfugiés planétaires assez inoffensifs qui sont pris en grippe par les hôtes humains. En effet (et plus sérieusement), Niell Blomkamp met ici en scène des ET en danger, dont la Terre représente le dernier espoir de survie après une longue errance dans l’espace. Si les débuts de la cohabitation se passent relativement bien, l’état se désengage de leur prise en charge, la confiant à une société privée, la MNU (on notera ici la ressemblance avec ONU…) qui confinent les ET dans un ghetto aux conditions de vie digne d’une décharge à proximité d’une usine chimique (le District 9) tout en les exploitant, voire en les torturant. Les ET, alors transformés en animaux de foire, commencent à se défendre lors d’émeutes parfois violentes, contribuant à alimenter les tensions avec les habitants de Johannesburg.
La référence aux boat people, immigrés traversant les
mers pour s’échouer sur les plages et finir en centre fermé, est plus
que visible.
En réalité, le film pose dès les premières secondes
un regard critique sur les sociétés "occidentales", leur repli sur
elles-mêmes et leur indifférence au sort d’autrui. Une sorte de
métaphore de la gestion de l’immigration en Europe ou en Amérique du
Nord ainsi que des problèmes raciaux en Afrique du Sud.
La réalisation joue énormément dans l’impact de
District 9. A mi-chemin entre le reportage et le film d’action, il
marque surtout par son côté sec, un peu rugueux et incroyablement
réaliste. Cette impression est renforcée par les environnements arides,
la lumière très dure et les décors « familiers ». En outre, le mélange
entre le style documentaire (à l’instar du début) et cinéma ancre
véritablement l’histoire dans la réalité, la crédibilise de façon
impressionnante, tant le début du film ressemble à un vrai reportage. De
plus, cette approche force le spectateur à avoir une opinion, à prendre
parti, car, à l’instar de tout reportage, il n’est pas totalement
neutre.
Même si au fur et à mesure la réflexion laisse place à
l’action, elle n’est jamais totalement absente, et l’opinion du
spectateur est appelée à évoluer au cours du film, lorsque les faits se
dévoilent progressivement.
D’ailleurs, soulignons ici la
dynamique du film, très nerveux, urgent et rythmé dans cette
course-poursuite entre la MNU, Wickus et les ET. Les effets sont très
réussis, aussi secs et réalistes que la réalisation. De même, les
acteurs (essentiellement Sharlto Copley en Wickus van der Merwe) sont
assez bons et les ET délivrent une large palette d’émotions.
Niveau thématiques et réflexion, comme déjà évoqué, le film est extrêmement riche.
Il
représente d’abord une métaphore de la migration, présentant les points
de vue des deux parties : migrants et locaux. D’une part, les migrants
n’ont d’autres choix que de fuir ou s’installer ailleurs tandis que,
d’abord indifférents, le sentiment des locaux se change en méfiance,
voire en hostilité dès que les premiers troubles éclatent. Cette
méfiance est essentiellement basée sur l’incompréhension entre les
peuples en contacts. Cette inquiétude, peur d’autrui est symbolisée par
l’ombre inquiétante que forme le vaisseau-mère en suspension au-dessus
de Johannesburg. La méfiance est maintenue dans le film par cette
présence physique continue, renforcée par l’alimentation incessante par
les médias. La réalité se base essentiellement sur le deuxième point.

Le film est aussi une référence plus ou moins
ostensible aux conflits au Moyen-Orient, où l’oppression d’une
population dans des conditions de vie indécentes provoquent une réaction
violente d’une frange radicale qui à son tour légitime une
contre-réaction tout aussi violente. De même, le District 9 étant livré à
lui-même, il est un terrain idéal pour les gangs, le trafic d’armes ou
de drogue.
District 9 dénonce également les dérives capitalistes
et militaires (et vlan les républicains…) qui justifient l’esclavagisme
et les tortures par un besoin d’auto-défense, "au cas où". Les
multinationales sont dépeintes comme des conglomérats flous et
uniquement intéressées par le profit, sans prêter attention à l’éthique
de leur travail. Au final, le Blomkamp décrit un genre humain barbare
sous ses airs civilisés, à la fois violent et égoïste, guidé par la peur
et manipulé par ses "dirigeants". Sur ce point, il est à remarquer que
l’information des politiques dépend de ce qu’ils obtiennent de la MNU.
Ce point met en avant le manque de transparence et l’échec de la chaîne
de transmission de l’information, mais aussi un certain désintérêt de la
classe politique dans la gestion de situation des réfugiés. La
sous-traitance à des agences privées est très critiquée, notamment leur
non-respect des règles de conflits et leur opacité, à l’instar des
affaires Blackwater en Irak.
Enfin, la symbolique la plus forte est certainement celle de l’apartheid, ce qui rend le choix de Johannesburg plus évident encore. Outre la nouveauté (pour une fois que les ET ne débarquent pas aux USA…), l’Afrique du Sud, de par son passé racial chargé, est le pays "idéal" pour développer de telles thèses. En effet, District 9 fonctionne comme l’apartheid, par le racisme, la xénophobie et la séparation physique des races, prônée par la MNU. Le nom "District 9" ainsi que le scénario de déplacement et relocalisation de la population font directement référence au District 6, ancien quartier noir de Johannesburg où a eu lieu une expulsion massive suivie d’un relogement pour installer une population blanche huppée.

Toutefois, le tableau ne manque pas de nuance pour autant. Wickus van der Merwe est la figure trop honnête, qui fait son job en essayant de garder une certaine éthique, l’idéaliste broyé par le système mais qui ne renonce pas à ses principes. Si sa vision est biaisée par les médias, elle change peu à peu lorsqu’il se retrouve confronté à la vie quotidienne de ceux qui sont surnommés les "mollusques" ou "crevettes". L’évolution de son opinion est elle représentée par sa mutation physique, symbole du changement de point de vue progressif. Finalement, lorsqu’il est en possession de l’ensemble des informations, son avis est résolument différent du départ. Il constate en effet que les ET sont parfois plus humains que les humains eux-mêmes, capables des meilleures intentions, qui ne se dévoilent pourtant pas directement, grâce à un scénario qui montre habilement que les apparences sont trompeuses.

Malgré des thématiques assez lourdes, District 9 est aussi un film qui joue sur l’espoir et le met en avant au travers d’une histoire père-fils assez touchante et inhabituelle puisqu’elle est relative au ET. La tolérance est également abordée grâce au développement d’une amitié solide entre Wickus et le père. Finalement, c’est un film profondément pacifiste si l’on regarde au-delà du champ de bataille au sein duquel évolue les acteurs.
En conclusion (oui, c’est la fin !), District 9 est un film très réussi, qui renouvelle habilement la science-fiction lui donnant un côté réaliste et engagé, sans que cela vire à la leçon de morale. Il est doté d’un très bon scénario, plutôt novateur, qui s’échine à démonter les préjugés, renverser les rôles et les situations et initier une réflexion bienvenue. Bref, une excellente surprise, un film coup de poing à revoir ou découvrir sans arrière pensée !
ps: désolé pour la longueur...




