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Beyond The Frontiers
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6 janvier 2011

District 9

district_9_Affiche

Réalisateur : Niell Blomkamp
Acteurs : Jason Cope, Robert Hobbs, Sharlto Copley
Musique: Clinton Shorter
Genre: Science-fiction
Date de sortie : 14 août 2009 (USA), 16 septembre 2009 (Fr)

Synopsis

Il y a 20 ans, un vaisseau spatial décharge ses habitants moribonds sur Terre à Johannesburg. Après une cohabitation facile, les tensions apparaissent et les troubles poussent la MNU, société privée qui s’occupe de la gestion du ghetto, à le déplacer. Wickus van der Merwe, employé propulsé par son beau-père, tient les rennes de l’opération d’expulsion menée par des militaires brutaux. Exposé à un produit mutagène, il devient à son tour une cible pour sa propre organisation, dont le but est loin d’être humanitaire…

district9_1

Critique

Dans le genre  « (grosse) claque dans la gueule », District 9 fait figure de poids lourd. Non pas qu’il soit spécialement poignant ou émotionnellement chargé (encore que…), mais plutôt parce que c’est un film sans concession aucune, doté d’un approche plutôt inédite dans le genre.

En effet, jusqu’ici et à part le gentil E.T. et les énigmatiques êtres musicaux de Rencontre du 3e type de Spielberg, la SF avait dépeint les aliens comme des monstres belliqueux, violents et souvent gluants qui n’avaient d’autres but de (au choix) :

a) exploiter les ressources naturelles et tout ravager sur Terre
b) prendre notre planète pour une map de jeux de guerre géante, et tout ravager sur Terre
c) tout ravager sur Terre et envahir la planète (ou l’inverse)
d) la réponse "d"

District 9 renverse les rôles. Les "extra-terrestres-belliqueux-qui-veulent-asservir-la-planète-et–qui-se-font-botter-les-fesses-par-l’armée-US" laissent ici place à des sortes de réfugiés planétaires assez inoffensifs qui sont pris en grippe par les hôtes humains. En effet (et plus sérieusement), Niell Blomkamp met ici en scène des ET en danger, dont la Terre représente le dernier espoir de survie après une longue errance dans l’espace. Si les débuts de la cohabitation se passent relativement bien, l’état se désengage de leur prise en charge, la confiant à une société privée, la MNU (on notera ici la ressemblance avec ONU…) qui confinent les ET dans un ghetto aux conditions de vie digne d’une décharge à proximité d’une usine chimique (le District 9) tout en les exploitant, voire en les torturant. Les ET, alors transformés en animaux de foire, commencent à se défendre lors d’émeutes parfois violentes, contribuant à alimenter les tensions avec les habitants de Johannesburg.

La référence aux boat people, immigrés traversant les mers pour s’échouer sur les plages et finir en centre fermé, est plus que visible.

En réalité, le film pose dès les premières secondes un regard critique sur les sociétés "occidentales", leur repli sur elles-mêmes et leur indifférence au sort d’autrui. Une sorte de métaphore de la gestion de l’immigration en Europe ou en Amérique du Nord ainsi que des problèmes raciaux en Afrique du Sud.

district9_9

La réalisation joue énormément dans l’impact de District 9. A mi-chemin entre le reportage et le film d’action, il marque surtout par son côté sec, un peu rugueux et incroyablement réaliste. Cette impression est renforcée par les environnements arides, la lumière très dure et les décors « familiers ». En outre, le mélange entre le style documentaire (à l’instar du début) et cinéma ancre véritablement l’histoire dans la réalité, la crédibilise de façon impressionnante, tant le début du film ressemble à un vrai reportage. De plus, cette approche force le spectateur à avoir une opinion, à prendre parti, car, à l’instar de tout reportage, il n’est pas totalement neutre.

Même si au fur et à mesure la réflexion laisse place à l’action, elle n’est jamais totalement absente, et l’opinion du spectateur est appelée à évoluer au cours du film, lorsque les faits se dévoilent progressivement.

D’ailleurs, soulignons ici la dynamique du film, très nerveux, urgent et rythmé dans cette course-poursuite entre la MNU, Wickus et les ET. Les effets sont très réussis, aussi secs et réalistes que la réalisation. De même, les acteurs (essentiellement Sharlto Copley en Wickus van der Merwe) sont assez bons et les ET délivrent une large palette d’émotions.

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Niveau thématiques et réflexion, comme déjà évoqué, le film est extrêmement riche.

Il représente d’abord une métaphore de la migration, présentant les points de vue des deux parties : migrants et locaux. D’une part, les migrants n’ont d’autres choix que de fuir ou s’installer ailleurs tandis que, d’abord indifférents, le sentiment des locaux se change en méfiance, voire en hostilité dès que les premiers troubles éclatent. Cette méfiance est essentiellement basée sur l’incompréhension entre les peuples en contacts. Cette inquiétude, peur d’autrui est symbolisée par l’ombre inquiétante que forme le vaisseau-mère en suspension au-dessus de Johannesburg. La méfiance est maintenue dans le film par cette présence physique continue, renforcée par l’alimentation incessante par les médias. La réalité se base essentiellement sur le deuxième point.

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Le film est aussi une référence plus ou moins ostensible aux conflits au Moyen-Orient, où l’oppression d’une population dans des conditions de vie indécentes provoquent une réaction violente d’une frange radicale qui à son tour légitime une contre-réaction tout aussi violente. De même, le District 9 étant livré à lui-même, il est un terrain idéal pour les gangs, le trafic d’armes ou de drogue.

District 9 dénonce également les dérives capitalistes et militaires (et vlan les républicains…) qui justifient l’esclavagisme et les tortures par un besoin d’auto-défense, "au cas où". Les multinationales sont dépeintes comme des conglomérats flous et uniquement intéressées par le profit, sans prêter attention à l’éthique de leur travail. Au final, le Blomkamp décrit un genre humain barbare sous ses airs civilisés, à la fois violent et égoïste, guidé par la peur et manipulé par ses "dirigeants". Sur ce point, il est à remarquer que l’information des politiques dépend de ce qu’ils obtiennent de la MNU. Ce point met en avant le manque de transparence et l’échec de la chaîne de transmission de l’information, mais aussi un certain désintérêt de la classe politique dans la gestion de situation des réfugiés. La sous-traitance à des agences privées est très critiquée, notamment leur non-respect des règles de conflits et leur opacité, à l’instar des affaires Blackwater en Irak.

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Enfin, la symbolique la plus forte est certainement celle de l’apartheid, ce qui rend le choix de Johannesburg plus évident encore. Outre la nouveauté (pour une fois que les ET ne débarquent pas aux USA…), l’Afrique du Sud, de par son passé racial chargé, est le pays "idéal" pour développer de telles thèses. En effet, District 9 fonctionne comme l’apartheid, par le racisme, la xénophobie et la séparation physique des races, prônée par la MNU. Le nom "District 9" ainsi que le scénario de déplacement et relocalisation de la population font directement référence au District 6, ancien quartier noir de Johannesburg où a eu lieu une expulsion massive suivie d’un relogement pour installer une population blanche huppée.

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Toutefois, le tableau ne manque pas de nuance pour autant. Wickus van der Merwe est la figure trop honnête, qui fait son job en essayant de garder une certaine éthique, l’idéaliste broyé par le système mais qui ne renonce pas à ses principes. Si sa vision est biaisée par les médias, elle change peu à peu lorsqu’il se retrouve confronté à la vie quotidienne de ceux qui sont surnommés  les "mollusques" ou "crevettes". L’évolution de son opinion est elle représentée par sa mutation physique, symbole du changement de point de vue progressif. Finalement, lorsqu’il est en possession de l’ensemble des informations, son avis est résolument différent du départ. Il constate en effet que les ET sont parfois plus humains que les humains eux-mêmes, capables des meilleures intentions, qui ne se dévoilent pourtant pas directement, grâce à un scénario qui montre habilement que les apparences sont trompeuses.

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Malgré des thématiques assez lourdes, District 9 est aussi un film qui joue sur l’espoir et le met en avant au travers d’une histoire père-fils assez touchante et inhabituelle puisqu’elle est relative au ET. La tolérance est également abordée grâce au développement d’une amitié solide entre Wickus et le père. Finalement, c’est un film profondément pacifiste si l’on regarde au-delà du champ de bataille au sein duquel évolue les acteurs.

En conclusion (oui, c’est la fin !), District 9 est un film très réussi, qui renouvelle habilement la science-fiction lui donnant un côté réaliste et engagé, sans que cela vire à la leçon de morale. Il est doté d’un très bon scénario, plutôt novateur, qui s’échine à démonter les préjugés, renverser les rôles et les situations et initier une réflexion bienvenue. Bref, une excellente surprise, un film coup de poing à revoir ou découvrir sans arrière pensée !

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ps: désolé pour la longueur...

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Commentaires
L
Je l'aime beaucoup aussi. C'est certes particulier, une réalisation et un design très sec, mais visuellement, il est très réussi quand même. Sans parler de la réflexion qu'il amène, non seulement sur l'Afrique du Sud, mais aussi sur la société et les tendances au repli identitaires observables un peu partout en Europe. Aussi dans la mise en scène de la transformation de Wickus, qui change physiquement, mais son point de vue évolue en parallèle. Et la fin est poignante comme tu dis. Certainement, un des meilleurs films de SF!
F
J'adore ce film !!! Le design un peu bizarre du film me rebuter un peu, mais franchement c'est un putain de film, tant dans l'histoire, cette ségrégation d'aliens qui plus est en Afrique du Sud prends tout son sens, le coté documentaire au début est excellent tout comme la descente au enfers de Wikus, la fin en ai poignante<br /> Un must !!!
L
Merci encore ^^ Je ne peux que t'encourager à voir ce film coup-de-poing, que ce soit pour son histoire, sa réalisation ou, bien sûr, pour toute la réflexion qu'il amène dès que tu en auras envie (parce qu'il faut avoir envie de le voir sans quoi, tu risques de passer un peu à côté ^^)
C
Pas encore vu, mais il est dans ma pile. Vu ton article, je vais le passer sur le haut !
L
@ Max: merci! Sûr qu'il doit envoyer du lourd question image et son en BR. Malgré que je l'ai vu dans de piètres conditions (obscure version québécoise d'un ami), le son m'avait déjà impressionné et les images étaient bourrées de détails. Donc, je suis plutôt tenté de le revoir en DVD et en VO cette fois ^^<br /> <br /> @ 2flics: pas de problème :)
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