The Girl With The Dragon Tattoo

David Fincher (2011)
Daniel Craig, Ronney Mara, Christpher Plummer, Stellan Skagard
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
Thriller
Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation du journal Millennium, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares…
(Wikipedia, 2012)
Première grosse claque de 2012 ! Après une longue attente, voici enfin la version du premier volet de la Trilogie Suédoise – également baptisée Millenium – par David Fincher. A coup de trailers tendus et d’une promotion massive (allant jusqu’à révéler 8 minutes de son film), les fans frisaient la crise d’apoplexie.
Et l’attente est récompensée par un film marquant à plus d’un titre. Après un court prologue qui installe une ambiance glaçante, mystérieuse mais déjà terriblement prenante, c’est la baffe dans la figure : le générique d’ouverture. Des silhouettes noir d'encre, dégoulinantes comme engluées dans du pétrole s’aspirent, se mêlent, s’écartèlent, s’enflamment au son des notes agressives, distordues jusqu'à la fausseté, des voix désincarnées et des percussions martelées d’Immigrant Song, reprise magistrale de Led Zeppelin. La couleur sombre et l’ambiance poisseuse, organique, malsaine s’annoncent clairement.
A l’instar du bouquin, la suite n’est qu’une plongée sans fin dans les tréfonds les plus sombres et dérangés de l’esprit humain. Violence, sadisme et mystère sont les ingrédients de ce thriller que d’aucun rapprocherait de Seven et Zodiac. Le réalisateur ajoute une dimension supplémentaire à la version suédoise dont la réalisation peu inspirée gâchait le plaisir. La virtuosité du cinéaste rythme le récit, le ponctuant de séquences d’investigations vertigineuses, qu’il résume à l’essentiel afin de préserver le dynamisme du scénario, et de scènes de violences crues interminablement longues, confinant au voyeurisme sadique. L’ambiance glauque du matériel original est parfaitement retransmise, de même que les accès de tension, que Fincher rend insupportablement étouffants au moyen d’une bande son torturée dont le volume assomme le spectateur. Et ce ne sont pas les pointes d'humour (noir aussi) qui apporteront le ballon d'oxygène tant attendu.

Steven Zaillian réalise une épure scénaristique bien nécessaire (en 2h38 de bobine tout de même), compte tenu de la densité du livre (complexité des intrigues et du nombre de personnages en présence). Le scénario en lui-même est débarrassé de ses boursoufflures littéraires pour se concentrer sur l’investigation et les relations entre les personnages principaux : Mickael Blomkvist, Lisbeth Salander, Henrik, Harriet et Martin Vanger. L’accent est mis sur la coopération (plus que) professionnelle entre Mickael et Lisbeth, ainsi que sur Lisbeth elle-même, ses relations particulières avec le monde extérieur découlant d’un passé lourd comme le plomb. Les plus mordus remarqueront un léger changement dans le personnage de Harriet Vanger, une dose d’inattendu bienvenue, ainsi que quelques éléments piochés dans les suites, qui les annoncent discrètement.
Les acteurs jouent la sobriété avec efficacité donnant vie à leurs personnages, leur prêtant des attitudes réalistes et terriblement vraies. Petite réserve sur Lisbeth qui apparaît ici vulnérable, presque fragile là où je l’imaginais plus agressive dans ses attitudes et son regard. Du reste Rooney Mara lui donne une consistance certes inattendue, mais tout à fait crédible et charismatique : passant d’une humeur effacée à une détermination impitoyable face à Bjurman, tout en laissant transparaître son admiration pour Blomkvist. Fincher place ses personnages dans un environnement aussi glaçant que le film lui-même, la Laponie suédoise, gelée et hostile, un lieu reculé où « personne ne vous entend crier ».
Si on regrettera un dernier acte manquant de souffle par rapport à ce qui le précède, l’ambiance travaillée, la réalisation virtuose et les acteurs impeccables font de The Girl With The Dragon Tattoo une excellente adaptation du roman de Stieg Larsson. Fincher livre un thriller charnel et adulte dont le final simple et émouvant tranche avec l’atmosphère viciée dépeinte jusque là. Un film dont on ne ressort pas indemne, ne fut-ce qu’à cause de son générique génial. A voir, absolument !!! (et vivement les suites !)