War Horse

Steven Spielberg (2012)
Jeremy Irvine, Emily Watson, David Thewlis,
Musique: John Williams
Drame - Guerre
Adapté de la pièce de théâtre War Horse (Michael Morpurgo) basée sur son livre pour enfant éponyme
Le jeune Albert est très proche de son cheval Joey. Mais en ces temps de Première Guerre mondiale, l'animal est vendu à la cavalerie britannique et envoyé au front, il passe donc du champ au champ de bataille. Durant son périple, Joey ne laisse personne indifférent, car, de par sa présence et son comportement, il donne espoir aux soldats qui l'entourent. Albert, étant trop jeune pour s'engager, décide malgré tout de se lancer dans une mission pour sauver son cheval, et le ramener auprès de lui...
(Wikipedia, 2012)
En adaptant War Horse, Steven Spielberg renoue avec un de ses sujets de prédilection, la guerre. Sous un angle inédit toutefois, puisqu’il s’agit de vivre le premier conflit mondial avec le regard d’un cheval, Joey.
Né en temps de paix et dressé par Albert Naracott, qui devient son ami, le cheval au tempérament généreux est contraint d’être utilisé sur front. A partir de là, Spielberg se lance dans une fresque de la Grande Guerre, dépeignant minutieusement l’absurdité d’un conflit sanglant où l’individu est contraint de céder sa place, broyé au profit d’un dessein bien plus grand et cynique. Il y évoque les ravages des champs de batailles, mais aussi les pillages des villages et surtout la souffrance des hommes et des bêtes (‘La guerre a pris tout à tout le monde’). Une belle symbolique également lorsque Joey se retrouve face à un des premiers chars, dans cette guerre où le cheval qui tenait une place prépondérante se fait peu à peu remplacer par une technologie encore balbutiante. La "Der des Der" est alors représentée comme le laboratoire d'armement des nations, comme si elles préparaient déjà l'affrontement suivant.
La réalisation est soignée et teintée d'un aspect "ancien" volontaire. Une certaine douceur se dégage des séquences pacifiques, la sursaturation des couleurs et les décors chargés donnant un air un peu onirique. Le conflit lui oppose la violence son réalisme crasseux aux des teintes ternies par la poussière et la boue, ainsi qu’un rythme plus fluide. Doté d’une superbe photographie, War Horse pousse ces traits jusqu’à flirter avec le cliché (le final sous un couché de soleil, vu et revu, mais toujours aussi efficace). L’histoire s’apparente quant à elle à une succession de tableaux liés aux rencontres de Joey. D’où un rythme et une intensité qui traînent de la patte plus d’une fois, essentiellement vers les ¾ du récit.
War Horse est un film riche en émotions, qui balade le spectateur de la joie à la tristesse, de l’angoisse au soulagement avec une facilité déconcertante, bien aidé par la partition du toujours inspiré John Williams. Difficile de ne pas s’attacher à ce magnifique cheval fougueux, malicieux et plein de tendresse, au destin à la fois magnifique et tragique. De même qu’à ses propriétaires successifs (très bons acteurs, Jeremy Irvine en tête), êtres bons perdus dans un environnement hostile, qui ont compris que la confiance émerge de la douceur et de la psychologie plutôt que de la violence. L’empathie fonctionne dès les premières secondes, avec la naissance du poulain. Et se poursuit tout au long tu film, au gré des rencontres mais surtout des pertes, notamment un adieu à son compagnon d’arme, déchirant. Les efforts que Joey déploie sont aussi difficiles pour l’animal que pour le spectateur, le voir souffrir est une épreuve en soi (particulièrement lors de la scène du canon et de la chevauchée finale sur le champ de bataille).
War Horse possède aussi cette dose d’éléments typiquement « Spielbergiens », une certaine naïveté enfantine confrontée au dur pragmatisme de la réalité d’une guerre, quelques facilités de scénario ou un anglais plus que jamais universel. Ce ne sont ici que des points d’apparence, car le film en lui-même est assez riche et intelligent.
Bref, difficile de rester insensible face à une telle débauche d’émotions, de séquences fortes en héroïsme, action, tristesse ou tendresse. Spielberg signe ici un métrage intelligent et bien réalisé. Qu’importe les longueurs, l’angélisme des « gentils » ou l’épilogue finalement assez prévisible, ce War Horse vous serre le coeur dès le début et ne relâche la bride émotionnelle que rarement. Amis des animaux, sortez vos mouchoirs et préparez-vous à vibrer avec Joey !