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John Madden
Helen Mirren, Sam Worthington, Jessica Chastain, Tom Wilkinson, Ciaran Hinds, Jesper Christensen
Musique : Thomas Newman
Thriller

Remake de "The Debt" par Assaf Bernstein

Trois agents du Mossad sont devenus célèbres, en 1966, pour avoir capturé et tué un criminel de guerre nazi à Berlin. En 1997, la fille de Rachel Singer, une des trois agents de 1966, publie un livre sur leur aventure. Rachel se remémore alors la capture de Dieter Vogel.

Voici un thriller assez efficace qui emmène le spectateur dans une traque (fictive) du chirurgien de Birkeneau par 3 agents du Mossad. John Madden propose un film à la réalisation soignée, efficace, mais sans artifices. Cette absence de fioritures donne un film sec, percutant, à l’image des quelques scènes d’une violence crue, certes soutenables, mais dont les sons assourdit des coups sont d’un réalisme disons dérangeant. L’introduction est à ce titre éclairante…

La grande qualité de The Debt réside donc dans le réalisme de son déroulement, sa crédibilité, soutenue par une reconstruction très réussie du Berlin des années 1960. Les personnages qui y sont plongés sont tout aussi convaincants dans leur soif de justice, leur sens du devoir, mais surtout dans leur humanité.

Car c’est de cela qu’il s’agit au fond : de l’humanité dans ses côtés plus obscurs, ses instincts, ses désirs et ses aspirations et finalement de sa fragilité, sur le plan psychologique essentiellement. La justice prend ici une place importante, dans la définition qu’on lui attribue et les conséquences de sa recherche sont abordées au travers du passé et du présent des 3 agents. La frontière avec  vengeance est ténue, surtout lorsque les sentiments s’en mêlent. Le mensonge est un thème tout aussi important et relatif à cette notion de justice, de ce que l’on doit à nos proches et dans le cas présent au pays. En réalité, le film explore le panel des émotions les plus primaires comme la peur, l’amour (refoulé), la culpabilité ou la rédemption. The Debt est donc un film éminemment psychologique dans sa façon de confronter les personnages à une situation extrême (ici, un huit-clos en présence d’un monstre d’inhumanité) et de décrire tacitement ou explicitement leurs réactions.

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Le scénario est bien ficelé et tient en haleine durant les 2h sans problème. Il souffre néanmoins d’une baisse de rythme vers les 2/3 et la transition entre les événements passés et présents. Toutefois, ne vous attendez pas à reprendre votre souffle, car le film est d’un sérieux à faire pleurer un clown. Le sujet en lui-même ne s’y prête évidemment pas mais aucune touche d’humour ne point à l’horizon. Restent quelques instants plus sensibles, significatifs sur l’instant, mais dont la fugacité ne permet que de contraster avec l’étouffant huit-clos dans lequel sont enfermés les personnages. Par ailleurs, le traitement des époques n’est pas des plus équilibrés, l'on aurait aimé que le présent soit plus développé.

Les personnages sont incarnés par des acteurs excellents dans leur jeu. Les émotions passent de suite: la froideur de Marton Csoskas, les fragilités psychologiques de Jessica Chastain et de Sam Worthington, ce dernier ajoutant une dose de détermination confinant à l’obsession. Helen Mirren, taciturne, n’en fait pas moins. Mais c’est Jesper Christensen qui marque le plus, incarnant Dieter Vogel/Doktor Bernhardt. Un personnage glaçant, une intelligence froide et manipulatrice, véritable caméléon capable de se faire passer pour un honnête médecin, qui provoque un dégoût profond à son encontre. On notera, toujours dans ce souci de réalisme qui baigne la production, les accents hébreux et allemand donnés à l’anglais ainsi que l’intégration de dialogues en allemand et ukrainien. A contrario, le spectateur attentif et/ou physionomiste aura de suite repéré une erreur de casting assez flagrante : le physique de Sam Worthington (David jeune) et Ciaran Hinds (David vieux) ne se ressemblant pas (ce qui n'enlève rien à leur performance).

En définitive, The Debt n’est pas le thriller le plus inventif qui soit mais c’est un film qui brille par son réalisme, sa profondeur psychologique et son scénario fourni. John Madden réussit son coup : nous tenir en haleine durant 2h grâce des ambiances très travaillées, glauques et malsaines. A voir, certainement !

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